Le projet associatif pour dynamiser le changement social

Face aux dernières transformations du tissu socio-économique, les citoyens sont fragilisés et peuvent perdre leurs repères. Un contexte difficile dans lequel les associations ont un rôle à jouer afin de tenter de restaurer la qualité du lien social.

Le temps où la grande entreprise était tout à la fois le moteur du développement économique et le vecteur de l’intégration sociale est révolu. Ce temps était aussi celui où L’État providence était garant de la cohésion sociale. L’État providence n’est plus, le réveil est douloureux pour les personnes fragilisées. Il l’est aussi pour les acteurs associatifs chargés de mettre en œuvre les politiques sociales, culturelles ou éducatives et qui réduisent leur projet associatif à une simple accumulation de moyens sans jamais avoir évalué au préalable la réalité et la qualité des actions menées.

La France est l’un des rares pays à affronter en même temps le redéploiement de son économie et la réorganisation de son action publique. Le désengagement de L’État ne s’accompagne pas toujours d’une plus forte implication des collectivités locales pour animer et prendre en charge la dynamique sociale (30 % des conseillers généraux n’ont pas de schéma départemental pour organiser la protection de l’enfance). Or, dans le même temps, les organisations syndicales perdent leur influence, les grandes fédérations associatives aussi, et leurs liens avec L’État se délitent.

Le contexte général de ces évolutions est celui d’une crise de la démocratie représentative, un des symptômes les plus évidents étant l’émergence d’une communication politique structurée comme une scène, avec des citoyens comme public, l’image primant sur le projet. Sans alternative politique réelle, le sentiment d’une primauté de l’économique désenchante le projet politique et le projet associatif.

Les citoyens, habitués au soutien de L’État sont bien souvent démunis, fragilisés, isolés pour affronter les mutations du tissu socio-économique et ils perdent leur confiance dans les institutions censées les représenter, qu’elles soient politiques, associatives ou syndicales.

Si la croissance reste une condition nécessaire au développement socio-économique, elle n’est cependant plus suffisante. Il est donc impératif de repenser les politiques publiques, au-delà du seul soutien à la croissance économique, et d’articuler l’intervention de l’État avec celle des collectivités territoriales.

Promouvoir un véritable projet de société

Fonder le pacte social sur le seul rapport à l’emploi, c’est de fait marginaliser une fraction de la population. Car la cohésion sociale est tout autant liée aux pratiques culturelles et de loisirs, aux rapports aux temps de vie, à l’éducation qu’à l’investissement dans un emploi.

Le retour des associations à la promotion d’un véritable projet de société pourrait faire d’elles des agents d’un réveil de la démocratie. C’est un défi à relever. En effet, la tradition républicaine française, jacobine, est peu favorable à l’existence de groupements intermédiaires entre la personne et L’État – souvenons-nous des lois Chapelier. Même si les associations défendent les causes les plus variées comme l’environnement, l’éducation, les droits de l’homme, le féminisme, le régionalisme, les sans-logis, elles se heurtent à la difficulté de définir leur rôle par rapport à la puissance publique. Doivent-elles se tenir à l’écart de l’État, au nom de la société civile dont elles sont issues ? Ou doivent-elles en devenir l’un des éléments, au nom d’une nécessaire complémentarité ? Dans un cas, elles limitent la portée de leur action ; dans l’autre, elles s’exposent à être « récupérées » par l’administration. Peu d’associations s’interrogent, car la prise en charge des préoccupations concrètes des usagers-citoyens les renvoient le plus souvent à une gestion de l’urgence et les éloignent de leur projet associatif.

Avec l’extension du modèle associatif, sous sa forme auto-générée ou sa forme plus entrepreneuriale, l’État n’est plus le seul représentant de l’intérêt général. L’intérêt général se dilue dans la société et dans l’espace associatif. La délégation de parole à travers les mécanismes de la représentation habituelle provoque la méfiance du citoyen. Toutes les institutions, État, syndicats ou associations sont frappées par le même phénomène. De la qualité de la réponse sociale apportée découle en grande partie la légitimité à porter la parole de l’usager-citoyen.

Chacun aujourd’hui appelle à plus d’engagement pour défendre et nourrir l’intérêt général. Ainsi, on voit de nouveaux mouvements sociaux qui ont tendance à s’affranchir des paradigmes classiques de la démocratie représentative. Dans l’espace public des individualités, des groupes, des mouvements spontanés porteurs d’intérêts particuliers émergent. Citons pour exemple, aujourd’hui « l’appel au renouveau de la protection de l’enfance » (voir pp. 37 et 38). Il est alors de notre responsabilité que l’engagement sorte de son caractère quelquefois corporatiste pour se fonder sur des valeurs et sur une adhésion à un projet de société. Il est donc nécessaire à partir d’une problématique sociale propre d’être en capacité de sortir des enjeux premiers pour donner un sens et une véritable impulsion au changement social.

Le politique doit construire « l’intérêt général » autrement. Une articulation entre politiques, syndicats et associations est à bâtir pour combiner démocratie participative avec les mécanismes de la démocratie représentative. Cela devrait permettre de revitaliser la démocratie représentative qui, si elle persiste à se positionner en surplomb de la société, permet des dérives populistes. De même, les démocraties électives et participatives, qu’elles soient politiques, économiques, sociales, culturelles ou environnementales doivent pouvoir se croiser, s’échanger dans le respect de leurs spécificités.

Cette démarche est complexe. En effet, les processus de construction et le fonctionnement ne sont pas les mêmes selon les niveaux territoriaux et le poids de l’Histoire. La construction de l’État, notre héritage révolutionnaire, la place symbolique et concrète de la loi déterminent la nature du dialogue à un niveau centralisé. L’autonomisation des formes organisées a été telle qu’il n’existe pas aujourd’hui de cadre formel et de travail commun. L’indépendance devrait nous permettre maintenant de penser l’interdépendance.

La décentralisation est placée devant le défi de rapprocher les lieux de décisions des citoyens, d’inventer de nouvelles pratiques démocratiques, de nouveaux modes de prise de décisions avec les acteurs d’un territoire. La participation des citoyens à la démocratie territoriale passe par la mise en place de procédures de dialogue. Ces procédures doivent concerner les processus d’information, de consultation, de concertation, mais également l’étape de construction et de mise en œuvre. En effet, si le politique tranche, les partenaires doivent être informés des mécanismes de choix et de méthode finaux.

Politiser l’engagement

Ce partenariat implique une reconnaissance réciproque ; il est donc nécessaire que dans les instances départementales, les élus et fonctionnaires soient formés à une élaboration concertée des politiques publiques, et à la prise en compte des notions de projet et de fonctionnement associatifs. Les associations sont, en tant que relais des citoyens, des forces de propositions, ou des experts, des acteurs fondamentaux pour la vie démocratique locale. Les associations peuvent, en faisant émerger des problématiques, en proposant des pistes d’actions nouvelles, nourrir la réflexion et l’action politique, en échange d’une reconnaissance de leur rôle et de leur autonomie.

Un approfondissement réussi de la décentralisation passe par des processus de démocratie participative qui remettent chacun dans son rôle. Tous les acteurs connaîtraient les règles du jeu et auraient une vraie place dans la procédure, ce qui redonnerait, de fait, toute sa légitimité de décision finale au politique. Il faudrait opérer une politisation de l’engagement, situer les enjeux et passer de l’engagement « contre » à un engagement « pour ».

Défendons donc dans nos institutions un engagement pour un projet de société provoquant un véritable changement social pour restaurer la qualité du tissu social. C’est-à-dire de la diversité des services aux personnes, des équipements publics, des services collectifs dont dépend pour une large part l’attractivité d’un territoire pour les personnes ou pour les entreprises. Éducation, cohésion sociale, pratiques culturelles, croissance économique, recherche, sont autant d’éléments concourant au développement d’un territoire et du lien social. Cette interdépendance situe l’enjeu de ce qu’il est convenu d’appeler développement durable.

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