Le service civique : quel engagement pour les jeunes ?

1) Quel engagement aujourd’hui ?

L’engagement des jeunes est-il « en crise » ? Je pense que c’est une idée reçue. Depuis une trentaine d’année, l’image « institutionnelle » de l’engagement s’est peu à peu délitée. Pour autant, l’engagement n’a pas disparu. Il se décline sous des formes nouvelles. L’engagement n’est plus tant menée au nom de principes généraux ou d’un idéal politique, qu’au nom d’une « morale de la proximité » (Didier Lapeyronnie) qui privilégie des actions plus concrètes, plus ponctuelles et dont l’efficacité peut se mesurer immédiatement. Cela se traduit notamment par un investissement soutenu dans la vie associative. Plutôt que de «crise », il me semble plus juste de parler de « mutations » des formes d’engagement et de participation des jeunes en France.

L’engagement des jeunes est un levier vers l’autonomie. En efet, il s’affirme comme un vecteur majeur de socialisation, de reconnaissance et d’affirmation de soi. Il est devenu une des conditions centrales d’une individuation réussie. L’engagement permet l’acquisition de savoirs, de savoir être et de savoir faire.

L’engagement des jeunes est un facteur de régénération de la démocratie et du lien social. Car il contribue à la mise en vie du projet associatif et au fonctionnement de économie sociale et solidaire, l’économie sociale, dont le bénévolat et le volontariat sont une ressource essentielle. Les activités bénévoles et volontaires participent d’une mobilisation citoyenne au service de l’intérêt général. Elles s’inscrivent dans une démarche émancipatrice propre au secteur jeunesse et éducation populaire.

Les associations de Jeunesse et d’Education Populaire sont au cœur de l’engagement des jeunes. En effet, la citoyenneté n’est pas un état qui adviendrait le jour où les jeunes accèdent au droit de vote. L’accès et l’exercice de la citoyenneté procèdent au contraire d’une continuité éducative qui doit permettre aux personnes de faire des choix éclairés, et donc de s’engager. Les associations de jeunesse et d’éducation populaire jouent à ce titre un rôle décisif dans l’apprentissage et l’exercice de la citoyenneté. L’engagement des jeunes pose cependant directement la question de la capacité de nos associtions à régénér le projet associatif et les cadres militants.

2) Le service civique

Je défends avec force la mise en œuvre d’un service civique mobilisateur, porteur de sens, utile et valorisé. Nous pouvons être satisfait du débat animé par le Haut Commissaire Martin Hirsch, le Parlement et la société civile sur la mise en place du service civique nouvelle génération. Je veux cependant faire quelques remarques :

– C’est un dispositif d’Etat, qui exclue toute possibilité d’engagement volontaire des jeunes de moins de 25 ans hors du cadre du service national.

– La disparition du volontariat associatif au nom de la clarification et de la simplification est contestable. Cest la disparition d’une loi faite en 2006 avec et pour le monde associatif.

– Les moyens débloqués pour 2010, sont conséquents et on peut le saluer. Seront-ils pérénisés dans les années à venir ? Comment garder l’indemnisation des jeunes au niveau de celle prévue dans le service civil volontaire ?

– L’engagement des jeunes ne saurait se résumer au seul service civique. L’engagement bénévole doit également bénéficier de mesures spécifiques afin de favoriser sa promotion et sa valorisation. A ce titre, nous avons obtenu le retrait de la disposition ouvrant la possibilité de délivrer sous conditions une attestation de service civique à des bénévoles Cette disposition, outre qu’elle introduisait une hiérarchisation peu opératoire entre les différentes formes de bénévolat, ne contribuait à clarifier la notion même de volontariat, qui doit trouver une place entre le bénévolat et le salariat.

3) Sur les politiques jeunesse

Le service civique marque une étape importante dans la reconnaissance des jeunes et du rôle qu’ils jouent dans la société. Il faut s’en féliciter. Il n’incarne pas à lui seul une politique pour les jeunes qui, pour être efficace, doit être transversale. A ce titre, le Livre vert sur la jeunesse auquel nous avons largement contribué livre une ambition et offre des perspectives intéressantes.

D’autres chantiers sont à mener face à l’ampleur des difficultés rencontrées par les jeunes dans l’accès à la formation, à l’emploi, au logement, à la santé ou la discrimination. La priorité est à la mise en place d’outils pérennes garantissant la continuité et la transversalité des politiques de jeunesse, conformément aux orientations du Livre Vert. A la suite de cette avancée significative que consitute le service civique, c’est le défi que les jeunes posent maintenant à l’Etat.

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