L’engagement pour faire vivre la République

Nous vivons une crise de l’appartenance à la République Française,

comme l’ont montré les réflexions menées lors du débat sur l’identité nationale mis en place en Septembre 2009 par le Président de la République. Ce qui fait le ciment et la cohésion de la nation française, c’est l’adhésion des personnes au-delà des identités propres ou communautaires, aux valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et de Laïcité. Cette adhésion construit des liens collectifs. Ils sont ancrés dans l’histoire de notre pays. Cette crise de l’appartenance à notre modèle républicain a plusieurs explications.

Avec la disparition de la société industrielle du XX° siècle qui était caractérisée par une classe ouvrière organisée, avec un syndicalisme fort jouant le rôle de contre-pouvoir, agissant sur le partage des richesses, ce sont tous les rapports sociaux qui ont changé. Le rapport salarial fordien apportait une stabilité, une protection sociale, une intégration sociale garantie. Le lieu de travail coïncidait avec la communauté de travail. Il était structurant et lieu d’une solidarité réelle. Mais depuis, l’emploi est de moins en moins un lieu structurant, les actifs sont de moins en moins nombreux à la fois par le vieillissement de la population, par le fort taux de chômage et par l’entrée de plus en plus tardive des jeunes dans le monde du travail. Parallèlement, la politique de flexibilité et les nouvelles technologies accentuent ce phénomène d’éclatement.

Le système démocratique français ne met plus le citoyen au centre de ses préoccupations, ne générant plus le vivre ensemble. « L’individualisme se répand juxtaposant l’appel au respect des personnes ou à la dignité morale et les intérêts les plus étroits et les plus égoïstes »[1]

Notre société républicaine connaît donc une fragilisation du lien social. Elle apparaît morcelée, caractérisée par l’affaiblissement des solidarités collectives, institutionnelles ou familiales. Les inégalités en progressant provoquent une augmentation de la distance entre les personnes, produisant de nouveaux clivages dans les rapports hommes-femmes, entre les territoires, entre les personnes d’origine différente. A tel point que les citoyens ont de plus en plus de mal à se situer, à se reconnaître, notamment pour les personnes appartenant aux populations populaires et moyennes.

Qu’est ce qui fait société dans la France de 2010 ?

C’est de moins en moins l’école, devenue comme le précise Didier Lapeyronie « un enjeu de lutte de classes, une gigantesque machine à trier, à humilier, si l’on se place du point de vue des jeunes des quartiers ».

C’est de moins en moins la politique, car l’abstention aux différents scrutins électoraux, depuis plus d’une décennie, montre une sorte de fracture politique. Une grande partie de la population, et parmi elle, les jeunes, n’a pas le sentiment d’être vraiment citoyenne.

C’est de moins en moins la ville. L’urbanisation évolue. Le centre des villes est vidé de ses habitants au bénéfice de lotissements qui se multiplient à la périphérie. Dans les grandes agglomérations nous assistons depuis plusieurs années, à la privatisation d’impasses, de ruelles qui sont extraits de la voie publique.

Ainsi, la France de 2010 se trouve être une société qui connaît une crise de ses institutions républicaines intégratrices et une crise de ses valeurs et du sens. Cette situation provoque un affaiblissement du lien entre les citoyens, lien politique et lien social. L’apparition de nouvelles fractures, de segmentation caractérisent le paysage social français actuel. « Nous sommes dans une société du lotissement, une société de l’entre-soi et de la mise à distance, de l’émiettement et non de la rencontre » dit encore Didier Lapeyronie.

Que faire ? La réponse ne peut être que politique dans son sens le plus noble et non sous sa forme politicienne. Cependant, la politique propose un ensemble de moyens pour assurer le fonctionnement de notre société républicaine. Mais la politique aujourd’hui se traduit essentiellement dans une volonté de gestion et de faire fonctionner l’existant, sans vision à long terme. Elle n’est plus portée par de grands projets. Elle gère l’urgent. Nous manquons en France d’une vision politique globale génératrice de changement et de transformation sociale.

Cette nécessité du retour du politique se prolonge par l’exigence de l’exercice de la citoyenneté des membres de la société française. Afin de répondre à ce défi, il nous faut prendre conscience de l’importance de l’éducation à la citoyenneté.

Dans notre histoire de France, l’apprentissage de la citoyenneté a été institué pour éduquer le peuple, et ensuite construire la nation, faire naître le patriotisme et l’appartenance à la communauté. Il s’est traduit, dans un premier temps, par un enseignement moral dans un cadre très rigide, afin d’instituer un contrôle social fort et faire intérioriser les normes, les valeurs. C’était la leçon basée essentiellement sur la notion de civilité, le respect, la politesse.

Des normes qui s’imposaient de manière relativement autoritaire. Ensuite, ce fut l’instruction civique qui s’apparentait à l’apprentissage des institutions politiques, afin de favoriser le sentiment d’appartenance à une nation, à une patrie, la participation politique. Aujourd’hui, il nous faut aborder la citoyenneté par son volet éducatif, pour qu’elle retrouve sa place, pour qu’elle soit intégrée comme valeur fondamentale, par les jeunes.

Que peut nous apporter l’éducation à la citoyenneté ? La notion d’engagement que comporte l’exercice de la citoyenneté est essentiel afin de redonner à nos concitoyens la volonté de construire et de développer un projet collectif au service de l’intérêt général. L’intérêt général qui est ce qui désigne les valeurs, les besoins collectifs ou objectifs qui sont partagés par l’ensemble des membres d’une société et qui, lorsqu’ils sont atteints procurent un bien-être, une amélioration de leurs conditions à tous membres d’une société.

L’intérêt général décrit la finalité de l’action de l’État, qui par ailleurs évolue avec l’idéologie dominante. De l’État minimal des libéraux à l’État-Providence keynésien, l’action de l’État cherche à satisfaire ce qui peut être à la fois la somme des intérêts particuliers dans l’Etat minimal vers lequel nous retournons, et un intérêt spécifique global, collectif, qui transcende les intérêts des personnes permettant de créer les conditions d’engagement de politiques publiques, par exemple, en matière d’accès à la santé ou à l’éducation dans le respect des libertés et des valeurs républicaines.

[1] F.DUBET D. LAPEYRONNIE, les quartiers d’exil »

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