Les jeunes : une génération sacrifiée ?

Pendant des décennies «le pauvre» en France était une personne âgée vivant en milieu rural. Depuis 10 ans, le pauvre est jeune. Il vit en ville. En France, les 18-25 ans ne bénéficient d’aucune couverture sociale. Et le RSA jeune, qui devrait se mettre en place en septembre, ne concernera qu’une toute petite partie de cette population : ceux qui travaillent déjà. L’immense majorité des jeune qui tente d’entrer sur le marché du travail servent de variables d’ajustement aux besoins de l’économie : stages, intérim, contrats précaires, CDD… sont le quotidien des plus chanceux. 25 % des jeunes français sont au chômage…. Ce taux atteint 40 % des jeunes issus des quartiers en difficulté …

La situation est grave et les réponses des politiques ne semblent pas être à la hauteur des enjeux. Et si Martin Hirsch, ex Haut commissaire de la jeunesse avait formulé dans un Livre vert une série de 50 propositions pour la jeunesse en matière de ressources, de formation, d’orientation et d’aide à la santé, celles ci restent pour l’instant au simple stade des propositions.

La France est t-elle vraiment décidé à faire le pari de sa jeunesse pour répondre aux défis éthiques et écologiques de demain ? C’est la question à laquelle, sociologues, militants associatifs, journalistes, politiques et citoyens ont tenté de répondre lors des Etats généraux du Renouveau organisés à Grenoble en juin 2010.

Une place pour les jeunes ? Rien n’est moins sûr, estime Joël Roman, philosophe : « il y a à l’évidence une responsabilité importante de la génération de 1968 dont je fais partie. Ces enfants bénis de la croissance que nous sommes n’ont pas préparé le terrain aux générations suivantes. Nous avions l’avenir devant nous. Et aujourd’hui encore nous refusons de vieillir, ce qui nous empêche de percevoir que nos enfants et nos petits enfants tentent vainement de s’intégrer dans la société….».

D’éternels adolescents, s’accrochant à leur statut, à leur pouvoir ? C’est aussi ce qu’affirme Louis Chauvel, sociologue à Sciences Po * : «A l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, il y avait à l’Assemblée Nationale, un député de plus de 60 ans pour un de moins de 40 ans. Aujourd’hui la proportion est de 9 pour 1, pire qu’en Corée du nord. Le risque de fracture intergénérationnelle n’a jamais été aussi grand. Si nous ratons aujourd’hui la socialisation des jeunes adultes, accepteront ils demain de continuer à payer pour leurs parents retraités, leurs grands parents dépendants tout en étant exclus du monde du travail et en continuant à cotiser plus pour leurs vieux jours auprès d’assurances privées ?»». Pour le sociologue : «les transferts sociaux n’ont jamais été aussi inégalitaires. Ils bénéficient principalement aux jeunes retraités, les papy boomers, ceux qui ont connu le plein emploi et la croissance. La génération la plus favorisée de l’histoire de l’humanité».
Les papy boomers, pivot des familles, joue bien sûr la carte de la solidarité aussi bien envers leurs parents âgés que vers leurs enfants et petits enfants. Mais cette redistribution financière « de coeur » ne permet pas une autonomie de la jeunesse, et ne leur garantit en rien une insertion dans le monde du travail que seuls les Pouvoirs publics seraient en mesure de favoriser.

Aussi, ils sont des milliers à attendre aux portes de la société qu’une brèche s’entrouve. Dans les années 1970, le taux de chômage à un an pour les jeunes sortant du système scolaire était de 6 % pour les hommes et de 7 % pour les femmes… Aujourd’hui ils sont 32 % pour les hommes et 42 % pour les femmes.

Pour Gilles le Bail, délégué général de la Fédération française des MJC, présent aux journées de réflexions de Grenoble : «les mouvements d’éducation populaire auraient sans doute un rôle à jouer dans l’intégration sociale de la jeunesse. Mais ils ont de moins en moins de moyens financiers et humains. L’Etat se désengage et les associations ne peuvent plus remplir leurs missions. De plus, la vision qui est faîte aujourd’hui de la jeunesse est stigmatisante. On considère les jeunes seulement sous l’angle d’un problème à gérer et non pas comme une ressource à valoriser. Or il y a aussi des jeunes qui vont bien, qui ont des idées, des compétences, des rêves. Ecoutons les ».

Par Anne Marie Thomazeau

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *