La laïcité aujourd’hui : entre volonté d’universalité et désirs de diversité culturelle

Le 9 Décembre prochain, c’est l’anniversaire de la Loi séparant l’Eglise et l’Etat. Cet anniversaire est l’occasion de se demander ce qu’il en est de la laïcité aujourd’hui.

Cinq ans après la loi sur le port du voile à l’école, le débat, en 2010, en France s’est ouvert sur la burqa et encore tout récemment sur la candidature d’une femme voilée aux élections régionales. Certaines femmes ne portent plus un foulard qui cache les cheveux, mais un vêtement qui recouvre l’intégralité de leur corps, ne laissant apparaître que les mains gantées. Lorsqu’on parle de burqa ou de niqab, ce sont les images des femmes afghanes ou iraniennes qui viennent le plus communément à l’esprit. Mais, le débat s’est bien porté sur des femmes qui vivent en France et dans une République laïque. La burqa, constitue-t-elle une atteinte à la dignité des femmes, est-elle un signe de repli communautaire et de rejet des valeurs de la République française ? De nouveau, la question de la laicité en France fut interrogée, le débat comme toujours fût passionné.

« La laïcité c’est, à la fois, un règlement juridique et un art de vivre ensemble[1] ». La République est garante de la laïcité dans le sens où il ne peut pas y avoir de démocratie sans une forme de laïcité, car elle permet d’éviter que la vie publique se trouve dominée par les dogmes religieux et l’acceptation qu’une religion puisse disposer d’une emprise sur la sphère publique. La laïcité représente une garantie pour l’ensemble des religions, dont aucune ne se trouve en situation d’infériorité par rapport à une autre. La laïcité, en s’assurant que la religion et l’Etat se trouvent séparés permet à chacun de pouvoir se projeter dans l’espace public sans se trouver entraîner à défendre sa propre religion. Les citoyens évitent ainsi d’agir politiquement à partir d’une appartenance religieuse ce qui développerait le communautariste.

Si l’on s’en tient à la Loi, la laïcité s’appuie sur trois principes le respect de la liberté de conscience et de culte, la lutte contre toute domination de la religion sur l’État et sur la société civile, l’égalité des religions et des convictions, dont celle de ne pas croire. Il faut prend en compte ces trois principes ensemble si l’on veut éviter toute intrusion de la religion dans l’espace public.

Dans la pratique, les personnes ont tendance à privilégier l’un ou l’autre de ces trois principes. Les croyants se réfèrent essentiellement à la liberté de culte. Les agnostiques et les anticléricaux s’appuient sur la lutte contre la domination des religions. Enfin les personnes, minoritaires, insistent sur l’égalité des religions et des convictions. La république française permet que nulle personne n’appartienne à une communauté dont il lui serait interdit de s’émanciper. Or l’enfermement dans une communauté religieuse ou culturelle, est une forme d’aliénation qui ne peut satisfaire le citoyen qui milite pour l’émancipation et l’épanouissement. On ne peut pas accepter, qu’au nom d’un prétendu respect des cultures d’origine, des hommes, des femmes et des enfants soient les prisonniers de leur lieu de résidence, de leur famille ou de la religion dans laquelle ils ont été élevés. Les valeurs de la laïcité doivent être défendues car elles correspondent à l’idéal démocratique. Le principe d’égalité des sexes doit être respecté. Un homme ne peut donc contraindre une femme à porter le voile. Il faut dénoncer ses pratiques obscurantistes.

La République doit permette aux personnes de respecter le principe de laïcité sans qu’elles aient l’impression de devoir renier leur culture. Tel est l’enjeu actuel dans un contexte de mondialisation. Il faut favoriser une laïcité d’adhésion et d’intégration et non d’exclusion. Pluralisme et laïcité sont deux notions complémentaires qui laissent à la personne le libre choix de ses opinions ou de ses croyances. La laïcité garantit à chacun des règles de vie sociale fondée sur les Droits de l’Homme et sur les valeurs de la république. La laïcité se doit d’organiser l’expression du pluralisme et de reconnaitre une égale légitimité à tous les courants de pensées ou idéologies respectant les droits de l’Homme.

Comment vivre la laïcité en France aujourd’hui?

La société française doit prendre en compte la diversité culturelle et la diversité des origines des citoyens français. Les valeurs de liberté peuvent être défendues à condition de respecter l’autre. Cette diversité, en France, est trop souvent source d’incompréhensions, de tensions et de peurs. Comme nous l’avons vu précédemment, la progression du racisme et de la xénophobie, les diverses formes de discriminations qui débouchent sur l’exclusion sociale et le repli identitaire. Mais aussi, le développement des extrémismes politiques et religieux, sont autant de réalités auxquelles la France doit faire face avec la force de ses valeurs et le respect des droits de l’homme. La laïcité, qui est un symbole de liberté, ne peut pas être assimilée à l’intolérance.

Pour vivre cette diversité en respectant nos valeurs républicaines, il nous faut donner la priorité au dialogue interculturel en quittant la sphère des élites pour atteindre tous les citoyens, en particulier les jeunes. En effet, le dialogue interculturel apparaît l’outil privilégié pour gérer la réalité multiculturelle de notre société et pour préserver sinon même dynamiser le “vouloir vivre ensemble” de tous, quelle que soit leur culture d’origine. Pourquoi ?

Simplement parce que l’idée du « dialogue interculturel » puise sa source dans la reconnaissance de la différence et de la multiplicité du monde dans lequel nous vivons. Il n’existe pas de définition acceptée par tous de ce terme. Mais la définition, que je pourrais utiliser, est celle proposée par le Conseil de l’Europe dans son Livre Blanc sur le dialogue interculturel, qui stipule que « Le dialogue interculturel est défini comme un échange d’idées, respectueux et ouvert entre les individus et les groupes aux patrimoines et expériences ethniques, culturels, religieux et linguistiques différents ».

Ces différences d’opinions, de points de vue et de valeurs existent non seulement au sein de chaque culture mais aussi entre les cultures. Le dialogue interculturel cherche à traiter de ces différents points de vue avec le désir de comprendre et d’apprendre de ceux qui ne voient pas le monde de la même façon que nous. Un dialogue interculturel efficace est donc un échange enrichissant qui ouvre l’esprit. Il encourage le partage respectueux des idées par lequel on aborde et on comprend les choses. Ce dialogue accroît les occasions pour une meilleure connaissance de soi-même et de notre vision du monde. En tant que processus, le dialogue interculturel encourage les personnes à identifier les frontières et les repères qui les définissent et les invite à communiquer à travers ces derniers voire même à les remettre en question.

La république française laïque reconnait donc la diversité culturelle et doit proposer des espaces pour le dialogue interculturel. S’engager dans une démarche de dialogue interculturel n’est pas stigmatisant et permet de rappeler que la République est constituée de citoyens libres et égaux en droit et non de communautés autonomes, aux droits spécifiques, qui prendraient le pas sur la loi commune.

[1] Jean Baudero

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