Jeunesse France justice socialeDepuis quelques mois en Europe et dans le monde, vous prenez la parole, vous vous opposez, vous vous révoltez. Ces mouvements se manifestent sous des formes très différentes d’un pays à un autre, d’un régime politique à un autre, quelque fois de façons violentes le plus souvent pacifiquement. Il y a eu les révolutions arabes, les indignés en Espagne, en Belgique, au Luxembourg, en Grèce et les mouvements sociaux en Israël. Cet été, des événements marquants vous impliquant furent nombreux. Dramatiques, en Norvège où un psychopathe vous attaque sur l’ile d’Utoeya, festifs pour le rassemblement des scouts en Suède ou les journées mondiales de la Jeunesse en Espagne. Violents en Angleterre, où les émeutes oscillent entre révolte sociale et délinquance. Trop souvent, j’entends que vous ne voulez pas faire d’efforts, que vous souhaitez tout immédiatement, certains d’entre vous font peur.

Au-delà des clichés habituels, de la difficulté à faire le lien entre les générations, quels regards pouvons-nous porter ? J’en vois plusieurs. Votre engagement peut faire changer un régime politique. Vous attaquez a une signification politique, même pour les esprits les plus fous. Enfin, au travers de vos expressions politiques, religieuses ou festives, vous affichez à la fois un besoin de valeurs, une volonté de justice et de découverte des autres. Dans tous les cas, vous symbolisez toujours l’avenir et vos actions donnent du sens à la manière dont on doit l’envisager. Vous, jeunes indignés ou ceux qui sont aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) vous avez des espérances, vous les révoltés en Angleterre n’en avez plus, et vous, les jeunes arabes avez démontré que vous pouviez prendre en main votre avenir.

La question de l’espérance dans l’avenir est très fortement liée aux progrès sociaux, culturels ou environnementaux, économiques possibles d’une génération à l’autre. Paradoxalement, vous êtez, en Europe la génération la mieux formée, la plus diplômée que nous n’ayons jamais eu, mais c’est aussi celle qui prend conscience qu’elle vivra dans de moins bonnes conditions que la précédente si rien n’est fait. Les réponses doivent être sociales, économiques et environnementales. Elles se concrétisent au travers du projet professionnel. Mais les seules ambitions des jeunes ne se résument pas à lui seul.

Etre jeune, c’est aussi avoir un projet de vie construit sur des aspirations personnelles. Ce projet de vie repose sur les aspirations politiques ou morales. Dans ces domaines, notre société est crise. On assiste à une perte de valeurs et remise en cause de l’autorité. Dans une société démocratique se référant aux Droits de l’Homme et du citoyen, l’autorité se doit d’être à la fois bienveillante et porter l’idée que devenir citoyen s’apprend. L’autorité doit à la fois être capable de sanctionner et de construire les liens sociaux pour que chacun trouve sa place. Il lui appartient de porter un regard, sans infantiliser la société et sans stigmatiser les personnes.

Il faut que nous fassions notre auto-critique en matière éducative. N’avons-nous pas été maladroits avec vous depuis de nombreuses années ? Quelle éducation vous avons-nous transmis ? Le laisser faire n’est pas en soi satisfaisant. Nous transmettons la méfiance de l’autre et la compétition effrénée au détriment de la coopération. L’éducation questionne la morale et à la politique. Cette question est très sensible, car la politique et la morale doivent être dans deux sphères différentes. Légiférer sur la morale est dangereux. Mêler politique et morale, même avec des bons sentiments a produit dans l’histoire de l’humanité toutes les dictatures. Chacun doit rester libre d’agir selon sa morale tant que cela ne nuit pas à autrui. La morale ne doit pas remplacer la responsabilité et la politique.

Cependant, il est aussi de notre responsabilité, de votre responsabilité, de restaurer « l’autorité ». Pour cela, elle doit apparaître légitime. Il ne s’agit pas de remettre en cause l’élection démocratique qu’il faut respecter, mais de pointer les pratiques qui délégitiment les politiques et donc l’autorité. Faire de la politique ce n’est pas faire de la morale, mais les personnalités politiques doivent avoir une morale.
Parler de morale est un piège car le plus souvent utilisé par des courants politiques comme l’extrême droite ou ceux qui s’en approchent. La morale est instrumentalisée politiquement et nous devons le dénoncer. Cependant, il nous appartient en tant que démocrate, en tant que citoyen responsable, de vous répondre mais aussi à tous et particulièrement à ceux qui appartiennent aux catégories populaires. Construisons des projets qui reposent sur la justice sociale, la solidarité et la coopération afin de restaurer une autorité politique. C’est ce que j’attends du prochain chef de l’Etat français.

Mobilisez-vous !

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