Quel avenir pour les jeunes en Europe ? Tribune publiée dans « Le Monde »

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Tribune de Gilles Le Bail dans le journal "Le Monde"

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/21/quel-avenir-pour-les-jeunes-en-europe_1620914_3232.html

La crise économique domine l’agenda politique. Le Forum Européen de la Jeunesse se réunit le 13 et 14 décembre à Paris. Cette conférence « Appel au changement » abordera la crise du chômage des jeunes et ses solutions. Près de 100 millions d’Européens sont âgés de 15 à 29 ans, soit 20 % de la population totale de l’Union Européenne. L’accès au marché du travail des jeunes est un des grands défis d’aujourd’hui. Les jeunes composent la génération plus diplômée que l’UE n’ait connue. D’après l’Organisation Internationale du Travail, 78 % des 20-24 ans ont atteint au moins un niveau d’éducation secondaire supérieur. En Grèce par exemple, les inscriptions universitaires depuis 10 ans sont en hausse de 50 %. Pourtant les jeunes européens sont en fragilité et subissent de plein fouet les conséquences de la crise actuelle. Eurostat précise que, l’Union Européenne compte environ 5 millions de jeunes chômeurs (15-24 ans) soit environ 21 % de la population active. Ce taux de chômage est très élevé avec toutefois des disparités comme aux Pays-Bas (7.6 %) ou Espagne (45 %). En France le chômage des jeunes représente 25 % et 40% dans les quartiers populaires. L’UE a considéré les jeunes dans ses politiques tardivement. Les premières références furent introduites par le traité de Maastricht pour « favoriser le développement des échanges de jeunes et d’animateurs socio-éducatifs ». Par des actions ciblées, l’UE fait la promotion de la conscience européenne et citoyenne. Les programmes d’échanges universitaires et scolaires sont l’élément essentiel de cette politique. Mais, les politiques européennes en direction des jeunes restent principalement du ressort des Etats membres. Quelles perspectives proposer aux jeunes ?

Comme nous le voyons encore aujourd’hui, la construction du projet européen a été le plus souvent déconnectée des populations. En France peu d’entre nous font le lien entre ce que nous vivons en matière d’emploi, de santé, d’éducation et de logement et les apports d’une véritable politique européenne pour résoudre les difficultés de ce quotidien. Le citoyen européen est considéré comme un consommateur, un producteur ou une personne assistée. Alors qu’il est capable de réflexions,  d’émancipation et de propositions sur le monde qu’il l’entoure. Cette mise à distance favorise l’incompréhension ou la peur. Le projet européen ne se construira pas sur des craintes et sur des doutes. La mauvaise volonté des Etats à mettre la question européenne au cœur d’un véritable débat public, doit obliger la société civile et particulièrement les associations de jeunesse et d’éducation populaire à engager la réflexion, à informer encore plus, à organiser de vastes confrontations sur les grands enjeux comme la constitution européenne, les politiques jeunesse, ou même l’identité et la citoyenneté européenne. Ces actions doivent permettre de lutter contre les populismes qui trouvent dans les institutions européennes le bouc émissaire de toutes les difficultés que connaissent les Etats, notamment pour proposer un projet de société plus juste s’appuyant sur la perspective d’un réel progrès social. Il s’agit de construire les fondations d’un vrai redémarrage et une source d’espoir. A terme, c’est renforcer le pouvoir politique de l’Europe en s’appuyant sur le parlement. Il faut engager la construction d’une véritable politique publique européenne en direction des jeunes ne reposant plus seulement sur la mobilité et l’éducation mais permettant à un jeune de se projeter dans un véritable projet de vie. Les politiques nationales doivent être coordonnées entre les différents pays. Dans un contexte de sous-emploi massif des jeunes européens, la crise financière peut être une occasion pour l’Union Européenne de se rénover et de s’impliquer dans de nouvelles politiques. Aujourd’hui, le lieu de construction de l’Europe, c’est le Parlement. Pour se donner un avenir, la nouvelle génération d’européens doit investir les différents partis politiques et pousser à leur européanisation. L’Europe manque de substance avec un vrai pouvoir politique, économique et financier, aujourd’hui elle est trop floue pour que chacun en comprenne la nécessité et le projet.

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