Construire une société de progrès

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article de Gilles Le Bail

Dans un monde en perpétuelle évolution, où le rythme s’accélère sans cesse on peut se demander si l’Homme d’aujourd’hui garde encore la maitrise de son destin. Le capitalisme qui a su créer des richesses et les redistribuer est en panne. A tel point qu’il nous faut reposer les bases d’une société qui accompagne, qui éduque, qui permette l’émancipation et la réussite du plus grand nombre. Plus de quatre ans après la crise financière, l’économie mondiale voit surgir le spectre d’une crise économique profonde par l’extension de la crise bancaire et de la dette souveraine en Europe. « Pour la première fois depuis octobre 2008, les risques pour la stabilité financière globale se sont aggravés ». Le monde financier, sans régulation, est devenu tout puissant plongeant les Etats dans la tourmente. La spéculation par son impact sur la stabilité, la croissance et l’emploi dans l’économie réelle met en difficulté toutes les démocraties. Dans les pays de l’OCDE, le chômage a augmenté de 50% entre 2007 et 2010. A l’échelle internationale, le nombre personnes vivant dans l’extrême pauvreté a augmenté de 84 millions.

En Europe, 100 millions de personnes sont âgées de 15 à 29 ans, soit 20 % de la population. Bien que les jeunes composent la génération plus diplômée que l’UE n’ait connue, les jeunes européens sont en fragilité et subissent les conséquences de la crise. Eurostat précise que, l’Union Européenne compte environ 5 millions de jeunes chômeurs (15-24 ans) soit environ 21 % de la population active. Ce taux de chômage est très élevé avec des disparités comme aux Pays-Bas (7.6 %) ou Espagne (45 %). Cette crise favorise les expressions extrémistes, le désengagement et la recherche de boucs émissaires. Il est devenu urgent de définir de nouvelles politiques de réglementation pour limiter l’action des forces qui font basculer les économies dans une crise dévastatrice. Pour imposer cette régulation le « politique » doit affirmer sa volonté et ré-introduire la citoyenneté au cœur des choix humains afin de promouvoir un nouveau modèle de société et de développement.

Affirmer la primauté du politique sur l’économique

La citoyenneté est un concept politique par essence. Le citoyen détient une part de la souveraineté dans les choix collectifs. Il la partage avec les autres membres de cette société. Il a les mêmes droits et les mêmes obligations. La citoyenneté implique le droit du suffrage, la pleine capacité juridique et la responsabilité de la personne. La citoyenneté est donc à la fois une réalité d’ordre légal, politique, social et un idéal.

La citoyenneté induit l’appartenance à une communauté partageant un projet politique commun. Elle fonde l’exercice des libertés publiques, en référence aux Droits de l’Homme et du citoyen. La citoyenneté c’est aussi la participation active à la vie de la Cité. Elle porte en elle, le droit de manifester, de revendiquer ou de voter. Enfin, la citoyenneté peut être perçue comme une forme de civisme où les valeurs fondent son exercice pratique. C’est l’intérêt pour les affaires publiques, le sens du bien commun, le respect des obligations collectives.

L’ensemble de ces dimensions définissent le rôle politique du citoyen dans son expression, son exercice de libertés, sa participation à la vie de la Cité et son intérêt pour le bien commun. Se juxtaposent les obligations qui permettent l’unité politique comme : le devoir fiscal, le devoir de voter, le devoir de solidarité sociale ou le devoir de s’instruire. Ainsi l’affirmation d’une volonté politique face à la spéculation doit s’appuyer sur la mise en action, en réflexion des citoyens.

La citoyenneté demande un renforcement de la société civile

Le volume mondial des transactions de change est plusieurs fois supérieur à celui du PIB mondial. Les acteurs principaux de la crise sont des conglomérats financiers qui de par leurs taille, dimension internationale et complexité ont pris une importance systémique. Ce sont ceux qui du point de vue du contribuable, sont « trop grands pour faire faillite » (« too big to fail »). La faiblesse du politique est patente. La reprise apparaît de plus en plus fragile et incertaine. Les attaques spéculatives ne faiblissent pas, nourries par la défaillance des gouvernements à éliminer par la régulation la spéculation financière. A mesure que les notations souveraines sont dégradées pays après pays, la crise se transforme en une crise de la dette souveraine.  La sortie de crise nécessite un retour du politique qui exigera des systèmes de gouvernance internationale plus solides et plus efficaces que ceux qui existent et qui concourront à collectiviser et à atténuer les risques.

Pour faire face à la puissance de ces intérêts particuliers, ne faut-il pas réinterroger le mode de gouvernance de nos sociétés au global et au local ? L’exercice de la citoyenneté appelle la reconnaissance de la société civile. L’Etat ne peut pas tout et ne doit pas tout faire. La société civile représente essentiellement le monde des organisations sociales, des associations et syndicats. Promouvoir la société civile, c’est promouvoir le contrat comme mode de régulation, complémentaire à la Loi imposée par l’Etat.

Le pouvoir politique a trop tendance s’appuyant sur la légitimité acquise par le suffrage, à privilégier les intérêts particuliers qui résument souvent la personne à un simple numéro. La gouvernance politique pour affirmer sa volonté doit redonner du pouvoir aux personnes sur leur quotidien en valoriser le contrat. La légitimité démocratique repose sur une définition claire des pouvoirs et responsabilités des institutions. Il faut que ces institutions bénéficient de la confiance des citoyens et qu’elles puissent obtenir leur engagement actif vis à vis du projet de société. La participation effective de tous les acteurs représentatifs de la société civile à la vie démocratique doit être assurée. Il ne s’agit pas seulement de proposer un programme au moment des échéances électorales mais bien de donner la possibilité au plus grand nombre de participer à la construction de l’intérêt général.

Imaginons une gouvernance reposant sur un dialogue civil, sans naïveté, ni cynisme, mais ne transformant pas tout en objet, ni la personne, ni les organisations, ni même le pouvoir politique. La participation de la société civile aux processus de formation des politiques et de préparation des décisions renforce la légitimité des institutions publiques, de leurs travaux et de leurs activités. Ainsi, une démocratie moderne ne tendra plus à réduire l’électeur à un rôle de spectateur passif. Le dialogue civil met en œuvre des procédures qui développent l’implication dans la vie politique, les propositions innovantes, la prise de décision ou l’évaluation des actions publiques. Une volonté politique respectueuse du dialogue civil trouve son fondement dans les lacunes de la démocratie représentative. Il faut naître des actions en cohérence avec l’intérêt du plus grand nombre et pas seulement avec celui uniquement d’une élite déconnectée de la réalité. Même si la notion d’intérêt général reste floue. Il faut redonner aux citoyens les moyens d’exercer leurs droits. Accepter le dialogue civil c’est reconnaitre « l’expertise citoyenne ». Le dialogue civil favorise le passage d’une citoyenneté personnelle à une citoyenneté construite et collective.

L’éducation favorise la citoyenneté

Dans cette perspective du renforcement de l’action politique, l’éducation a un rôle central. Elle permet la confrontation des différences, la solidarité, les liens et la communication. L’éducation à la citoyenneté passe par l’accompagnement des personnes dans la réalisation d’un projet ou par la prise de responsabilité. L’important c’est de faire l’expérience de la participation, voire de l’engagement tout au long de sa vie. Ces expériences développent la compréhension des autres et des enjeux de société. Comprendre ce qui est souhaitable, préciser ce qui est possible. Elles permettent des interactions avec d’autres adultes, parents, éducateurs, amis. On partage des objectifs, des règles, des contraintes de fonctionnement communément acceptés par tous. Le collectif existe. La personne se trouve dans une dynamique où elle fait le lien entre les actions et le sens.

L’éducation à la citoyenneté a pour but construire des repères communs compris et acceptés de tous. Elle doit permettre de devenir acteur de la société. Or, il n’y a pas d’acteur qui n’ait une place, un rôle, des droits reconnus et des responsabilités. L’éducation à la citoyenneté fournit aux personnes des moyens pour se situer face à ces enjeux. Elle permet d’opérer des choix dans des situations marquées par la complexité et les incertitudes. Les sociétés démocratiques ne peuvent pas se satisfaire de réduire l’homme à un simple consommateur, à un producteur, à un client, à une personne assistée ou même à un objet de décision. L’éducation et donc l’émancipation des personnes doivent être la priorité des sociétés démocratiques.

Dans quelle mesure le secteur financier sert-il réellement les besoins des démocraties, des ménages, des entreprises productives et des gouvernements. Comment le secteur financier doit-il être restructuré ? Il est grand temps d’affirmer la primauté du politique pour reconstruire un projet de société humaniste. La sphère publique représente ce qui est en commun. Réduire cette construction c’est diminuer les liens et ce qui fait société. Dans un monde où la liberté est devenue individualiste, l’avenir de nos sociétés passe un retour vers le collectif. C’est ainsi que l’on pourra retrouver du progrès humain où la personne responsable sera à la fois sujet et finalité de la société.

 

Un commentaire


  1. // Répondre

    Je trouve cet article très pertinent. Rappeler la primauté du politique sur l’économique.
    L’économique mène à des dérives. Il ne tend à consolider que des intérêts particuliers : ceux des épargnants, ceux des dirigeants qui, en plus des salaires faramineux qu’ils s’accordent (sans contrôles), s’arrogent des conditions de départ de leurs fonctions inacceptables : ce que l’on appelle les parachutes dorés. Le langage trivial les appelle « patrons voyous », le terme est bien posé. On peut supposer que la société civile peut réagir et reprendre le pouvoir. Asservir l’économique aux besoins du plus grand nombre. Les syndicats, les associations sont des lieux possibles. N’ont-ils pas été dévoyés par la professionnalisation ? Cette professionnalisation suppose une éthique, la conscience de la part des salariés qu’ils sont au service d’un projet et que le pouvoir qui leur est accordé par des élus bénévoles, certainement forts de leur projets mais maladroits dans leurs manières de faire ne peut être utilisé à leur fin propre. C’est hélas ce que l’on voit avec tous ces élus politiques « professionnels ». C’est aussi ce que l’on voit souvent dans les syndicats et dans les associations. Tous ces responsables qui tiennent des discours sur le bien commun mais qui s’accordent des privilèges insupportables.
    Oui, vous avez raison, le pouvoir doit être aux élus, à la société civile et l’économique doit être à leur service, sous leur contrôle.

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