La citoyenneté européenne défie les populismes, Tribune publiée dans le Taurillon

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http://www.taurillon.org/La-citoyennete-europeenne-defie-les-populismes,05308

Le Traité de Maastricht institue une citoyenneté de l’Union européenne. « Est citoyen de l’Union toute personne ayant la nationalité d’un État membre ». Les droits et les devoirs sont garantis par les traités et par la Charte des droits fondamentaux. La citoyenneté repose sur des principes démocratiques et des valeurs comme le pluralisme, le respect de la dignité humaine et la prééminence du Droit. Elle se situe entre une réalité tangible et un idéal à atteindre. C’est un processus historique, par nature toujours inachevé, d’extension des droits à ceux qui n’en ont pas. Penser la citoyenneté revient à réfléchir à l’articulation entre le national et le supranational que symbolise l’Union européenne.

Alors que la revendication identitaire exprimée par les nationalistes et les populistes, de droite et de gauche, progresse en Europe, la notion d’État-nation, construction jadis hermétiquement close, est devenue poreuse. Elle appartient de plus en plus au passé. Dans l’avenir, les Européens ne devront-ils pas faire référence à des valeurs partagées plutôt qu’à un territoire ? Durant les deux derniers siècles, la citoyenneté s’est enracinée en s’incarnant traditionnellement dans la nationalité. Elle s’identifie à une patrie, se reliant au père et au patrimoine. Aujourd’hui, les Européens vivent quotidiennement, et particulièrement les jeunes, l’absurdité des frontières. La monnaie unique banalise le partage de la souveraineté. L’engagement et la construction de projets communs montrent chaque jour les limites des États. Le défi est de trouver un nouvel équilibre tenant compte des personnes et de leurs relations avec leur(s) groupe(s) d’appartenance. Il doit régir une citoyenneté affirmant la primauté du politique sur les appartenances naturelles. Sans cela, il est à craindre que réapparaissent les conflits locaux entre communautés amenant à des affrontements civils et à la violence politique sur fond de questionnements ethniques, sociaux ou religieux.

Le traitement institutionnel de la citoyenneté au niveau européen reflète les réticences des États membres à l’égard d’une plus forte intégration politique. En créant une citoyenneté européenne, les chefs d’État et de Gouvernement ont mobilisé un symbole qui consacre une appartenance politique supranationale. Mais le refus d’empiéter sur les compétences d’attribution de la nationalité impose une citoyenneté de « superposition » peu compréhensible et peu opérationnelle. Dans l’avenir, ne faudra-t-il pas dépasser la nationalité comme critère d’attribution et ne pourrait-elle pas se faire à partir de la durée de résidence dans un État membre par exemple ?

Faute d’avoir fait la promotion des atouts de la construction européenne, les gouvernements sont paralysés par une opinion publique sceptique. Pourtant, bon nombre de citoyens se sentent européens, dans une Union qui n’a ni une réalité géographique, ni réalité historique. Ce sentiment d’appartenance à une communauté de pensée vise l’universel et prétend construire l’avenir autour des Droits de l’Homme, malgré les peurs et le repli sur soi. Parler de citoyenneté européenne, c’est concevoir un patrimoine sans père et une citoyenneté au delà des nationalités et sans frontières. La construction européenne, son approfondissement, le maintien et le renforcement de la paix, passe par l’appropriation de l’Union comme une vraie patrie. Recroquevillés sur des souverainetés et des protectionnismes reposant souvent sur des illusions, les pays membres ne peuvent plus se satisfaire de réduire la personne à un simple consommateur, à un producteur, à un client, à une personne assistée ou même à un objet de décision. Cette mise à distance favorise l’incompréhension et la peur. « L’Homme européen » est aussi un acteur politique. Le projet d’Union doit se construire hors des craintes et des doutes.

L’histoire de la citoyenneté montre la difficulté à faire les liens entre les différentes cultures. En quoi les multiples langues, en quoi la richesse des idées, en quoi les hommes qui ont produit ces idées, contribuent-ils à asseoir une culture qui soit le propre de l’Europe  ? Peut-on imaginer que les idées, les langues et les hommes, les arts, les techniques, les sciences se rassemblent dans une culture dont les européens pourraient dire qu’elle est la leur et qui se distinguerait des autres  ?  Il faut dépasser l’idée que la cohésion du lien social dans un groupe, une région ou une nation est fatalement proportionnelle à l’incapacité à accueillir la différence et la diversité. Les dirigeants européens sont tous élus sur une base nationale. Ils doivent satisfaire des électorats nationaux alors qu’ils gèrent, en réalité, des politiques et une économie qui sont supranationales. La crise ne se terminera pas au terme d’un ultime montage financier mais lorsqu’une Constitution européenne ajustera les institutions politiques à la réalité politique, économique et identitaire qui façonne la vie quotidienne des Européens.

L’éducation à la citoyenneté et l’émancipation des personnes doivent être la priorité pour poursuivre l’intégration européenne.

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